La première eut lieu
le 1er mars. Au coup d’envoi d’un sommet de la saison, Dimitar Berbatov
reste sur le banc. Le duo d’attaque pour affronter Chelsea sera formé par Wayne Rooney et Javier Hernandez. MU perd, et ne fait pas frémir les filets des Blues :
le Bulgare, qui pouvait commencer à sa poser des questions, dut alors
pousser une grand soupir de soulagement. Cinq jours plus tard, face à Liverpool, il retrouve sa place dans le onze aux côtés de Rooney,
comme un retour à l’ordre naturel des choses. Face aux Reds, il livre
une prestation assez pâle, et voit Javier Hernandez, entré en jeu dès la
46e minute, modérer la gifle infligée par les Reds dans les arrêts de
jeu. L’énergie du Mexicain, sa combativité, comme son flair dans les 16
mètres, séduisent indéniablement Alex Ferguson. Depuis ses premières
minutes mancuniennes, l’Ecossais n’a pas tari d’éloges sur le cas de
l’ex avant-centre des Chivas, tout en les mâtinant d’une certaine
prudence. El Chicharito restait un projet à mener à bien, pas encore un
produit fini.
La théorie étant bousculée par les faits, Alex Ferguson s’est ravisé, et pour le capital retour du huitième de finale de Ligue des Champions,
le coach écossais a de nouveau misé sur ce fils et petit-fils d’internationaux. Trois jours plus tard, Javier Hernandez était félicité
de son doublé face à l’OM en étant reconduit pour rencontrer Bolton, sous le regard lassé du dandy bulgare. Auteur de seize buts, toutes compétitions confondues, la première saison du Mexicain en Angleterre est une réussite indéniable. En Premier League,
en vingt-et-un matches et dix titularisations, El Chicharito a planté à
dix reprises. Remarquable équilibriste sur la ligne du hors-jeu, il n’a
sans doute pas d’égal, si ce n’est le pré-retraité Pippo Inzaghi, pour s’envoler dans le dos des défenses. Ses talents de contorsionniste en font aussi une denrée rare dans la surface, capable de marquer dans les positions les plus improbables. Son sens du placement lui fait aussi contourner les difficultés, pour inscrire des buts à l’apparence trop évidente. « Mes buts ne se réduisent pas à la chance, a-t-il ainsi expliqué, j’essaie de profiter de ma rapidité, d’anticiper sur le déplacement des défenseurs ». Des défenseurs dont il étudie les points faibles avant chaque match.
La valeur travail si chère à Ferguson
Aussi séduisant soit-il, comment le profil du mexicain
a-t-il cependant pu voler la vedette à “Berba” ? Car, le Bulgare n’a en
rien démérité. Tout au contraire. Il réalise d’ailleurs sa meilleure
saison sous le maillot mancunien et pointe en tête du classement des
buteurs. Que demander de plus ? Certes, avant d’inscrire son vingtième
but de la saison samedi dernier face à Bolton, le sosie d’Andy Garcia se
trouvait en panne depuis deux mois, mais la préférence de Ferguson
semble se baser sur d’autres critères que l’argument statistique.
A la tête de l’un des clubs les puissants de la planète,
l’entraîneur travailliste a toujours tenu à disposer de joueurs prêts à
suer sang et eau sur la pelouse. Le talent seul ne suffit pas pour
s’imposer à Manchester United.
Technicien le plus élégant de la Premier League, Berbatov l’a compris,
et s’est progressivement mis au boulot depuis son arrivée à MU. Mais le
passé laisse toujours des traces. Et ses années passées chez les Spurs,
où il incarnait un Pagis du riche, tout en brillance et nonchalance, le
rattrape encore sur chaque course où sa foulée heurtée trahit sa nature
indolente. Pour son concurrent mexicain, la nécessité de l’effort de
repli, du pressing, ressemble à l’inverse à une évidence. Une dépense
énergétique qu’il a intégrée comme un requis de sa fonction d’attaquant,
pas comme un coûteux sacrifice.
Pour sa défense, Berbatov peut toutefois faire valoir
son jeu dos au but et son aisance technique loin de la surface, quand le
Mexicain, bien qu’appliqué, paraît toujours embarrassé quand un ballon
lui échoit aux 30-40 mètres. Il peut aussi rappeler l’efficacité de son
association avec Wayne Rooney, encore fraiche de la saison dernière.
Mais Ferguson ne s’est-il pas déjà fait une religion ? Malgré le but
décisif du Bulgare face à Bolton, une contribution qui pourrait valoir
cher au terme de la saison. Malgré le rang de meilleur buteur de la
Premier League de Berbatov. La parole au décideur pour terminer : « Nous
pensions que Javier était un jeune qui allait progresser, et qui, dans
le meilleur des cas, jouerait un peu en Premier League, a ainsi déclaré Ferguson après MU-OM. Mais il est déjà une véritable star et constitue un véritable plus pour nous ». Verdict définitif de Sir Alex attendu pour le quart de finale de Ligue des Champions face à Chelsea.